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CR soirée debat eau

Une centaine de personnes ont participé à la soirée débat sur la gestion de l’eau malgré la
concurrence d’un match de foot France/Angleterre. Le documentaire « Water makes money » a permis de lancer un débat de bonne qualité. Nous regrettons seulement d’avoir dû l’écourter pour libérer la salle. Nous remercions les intervenants de cette soirée pour leur débat constructif et leur écoute : la directrice régionale de la lyonnaise des eaux Joëlle de Villeneuve, Maurice Martin, président de l’AREP-CAMY (Association pour le Retour de l’Eau en régie Publique – Communauté d’Agglomération Mantes Yvelines)  et Jean-Luc Touly, Conseiller Régional d’île de France et ancien salarié de Veolia.

Intervenants Soirée Gestion de l'eau
Ce film met en lumière les pratiques douteuses des multinationales de l’eau :
– Le lobbying efficace des multinationales de l’eau sur la commission de l’Union Européenne à
Bruxelles. « L’eau est une marchandise comme les autres », a ainsi déclaré le 19 mai 2009 le porte parole de la commission en charge de l’eau. L’UE a ensuite imposé à ses Etats-Membres l’ouverture du marché de l’eau.
– La technique du pantouflage chez Veolia et Suez : elle consiste, pour un homme politique à occuper un poste grassement rémunéré dans une entreprise privée, en attendant l’occasion de revenir sur la scène politique.
– La corruption des cadres de la CGT de Véolia.

D’autres pratiques peu connues du grand public ont été évoqués lors du débat :
– Le « droit d’entrée » que versent les firmes de l’eau aux municipalités en début de contrat représente en fait un prêt, que les municipalités remboursent avec intérêt au fil des ans.
– Les compteurs d’eau sont facturés selon une durée de vie de 12 ans alors qu’ils servent en réalité pendant 24 ans.
– La quantité d’eau perdue par des fuites sur le réseau représente en moyenne 14 % du volume total d’eau consommé, soit la consommation annuelle d’une ville de 8000 habitants. Un meilleur entretien des canalisations permettrait d’éviter une utilisation abusive de chlore dans le traitement de l’eau. Entretenir les canalisations devient rentable sur 30 ou 60 ans. Une durée bien trop longue pour les actionnaires qui recherchent le profit maximum en un minimum de temps. M. Martin renchérit : les réseaux gérés par les multinationales de l’eau comportent davantage de fuites que les réseaux gérés en régie municipale. Ces sociétés n’ont aucun intérêt financier à réparer une fuite puisque l’eau perdue sera de toute manière facturée. Il cite par ailleurs son propre cas : la commune de Limay (en régie municipale) et celle de Follainville Dennemont (eau gérée par Veolia) partagent les mêmes canalisations, s’approvisionnent à la même source. Pourtant, l’eau est facturée 1 € /m3 plus cher à Follainville Dennemont.
Mme de Villeneuve ne veut pourtant pas opposer l’intérêt des usagers et celui des sociétés privées. Elle rappelle que des audits sont réalisés régulièrement et que les bénéfices de sa société sont connus. La directrice régionale de la Lyonnaise affirme également que c’est la ville qui décide du prix de l’eau.

Le documentaire montre par ailleurs le lien entre le coût de l’eau et l’agriculture biologique.
Ainsi, la ville de Munich a pu réduire le coût du traitement de l’eau en favorisant l’implantation d’agriculteurs bios autour des zones de captage. Le parfait contre-exemple est donné par l’eau en Bretagne, très traitée au chlore, du fait des sols pollués aux nitrates à cause des lisiers de porc.

public soirée gestion de l'eau

Au-delà du manque de transparence, le film met en évidence le manque de courage politique.
C’est pourquoi les citoyens doivent se mobiliser afin que la maîtrise de l’eau revienne dans le
domaine public. Le prix de l’eau connaît en ce moment des baisses jamais vues : la réponse des
firmes de l’eau face aux renégociations massives de contrats de l’eau d’ici 2015. Pour revenir en régie municipale, M. Touly préconise aux usagers de s’organiser en association et de mobiliser habitants et élus. Il conseille enfin aux élus d’étudier à la loupe le contrat d’assainissement, notamment les frais de personnel, les frais de location des compteurs, les frais d’entretien de compteurs et ceux des canalisations.