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Eau, un monopole qui dérange

Ce monopole, en réalité, ne dérange pas tout le monde puisque le maire de Poissy s’apprête à signer un contrat de fourniture d’eau en gros avec la Lyonnaise des Eaux pour une durée de dix ans. Il n’y a pas eu d’appel d’offre sur ce contrat, qui représente un montant annuel de plus de 1,3 million d’euros, car c’est un passage obligé nous explique-t-on : seule cette société serait en capacité de fournir le cubage d’eau nécessaire à la ville.

Pourtant Vivons notre Ville ne se satisfait pas de cette situation de monopole, particulièrement dans le cadre du service public de l’eau. Nous n’admettons pas non plus que la Ville se voit imposer un prix par la Lyonnaise des Eaux.


 Un prix non négocié, une promesse de campagne non tenue
Le prix du mètre cube d’eau proposé dans le contrat de la Lyonnaise est de 0,5722 €, c’est exactement celui de la convention en vigueur. Pourtant en 2013 l’audit de la gestion de l’eau réalisé par le cabinet ADM a constaté que le prix au m3 d’eau importée est déterminé par un calcul peu transparent et bénéficie d’une formule d’actualisation pénalisante pour la ville. Il conclue : « des optimisations semblent possibles sur ce poste de charge notamment par :
– la révision de la formule d’actualisation,
– la négociation d’un prix de base du m3 plus favorable. »
 
ADM ajoute qu’à titre de comparaison, « le prix de vente aux gros consommateurs du SEDIF est inférieur de 23,5% au prix proposé par le délégataire actuel ».
Ni le prix de l’eau, ni la formule de révision n’ont été négociés. C’est d’autant plus surprenant que l’actuel maire avait promis dans ses documents de campagne la « renégociation du prix de l’eau dans le cadre de la concession avec la Lyonnaise » (tract N°3 page 22).
Nous ne manquons pourtant pas d’arguments permettant de revoir le prix de l’eau à la baisse. Comme ce contrat est passé dans le cadre d’une délégation de service public, nous devons exiger une entière transparence de la composition du prix afin de connaître les marges réalisées par la Lyonnaise. Or cela ne lui a pas été demandé.
Rappelons d’autre part que la Lyonnaise a réalisé un nouveau forage sur la ville, financé par les usagers pisciacais, grâce au contrat signé en 1985. Ce site de production, offert à la Lyonnaise, aurait au moins dû faire diminuer le prix de l’eau localement.
Décidément, l’intérêt des Pisciacais est bien mal défendu dans cette affaire.
 Un monopole à remettre en question
En ce qui concerne le monopole de fait de la Lyonnaise à Poissy, on peut se demander s’il est bien incontournable et voir comment ce problème est géré autour de nous. De fait, l’ensemble des réseaux de l’agglomération parisienne est interconnecté. Ce maillage permet des achats et des ventes d’eau selon les besoins des collectivités. Nous en avons de nombreux exemples dans notre région : La SEFO*, le syndicat de production de Conflans et d’Achères, nos voisins, fournit une partie de la consommation en eau de l’agglomération de Cergy. Le site de production de Triel approvisionne également Cergy. Les communes de Feucherolles et de Crépières se fournissent auprès du Syndicat Intercommunal de la Région d’Yvelines pour l’Adduction de l’Eau. Les Villes de Houilles et de Sartrouville ont un contrat avec le SEDIF**. La Compagnie des Eaux de Maisons Laffite, excédentaire, vend une partie de sa production au SEDIF.
La plupart de nos voisins produisent donc leur eau ou s’approvisionnent auprès de différents sites de production. Il est clair qu’aucune recherche n’a été faite pour trouver un autre producteur que la Lyonnaise afin de couvrir tout ou partie des besoins en eau de la ville de Poissy.
Des propositions pour défendre les intérêts des Pisciacais
Cet article a été rédigé à partir de l’intervention de Jean-Paul Hédrich au conseil municipal du 24 novembre 2014. L’élu a proposé ce jour-là de limiter la durée de ce contrat à deux ans, le temps de rechercher des possibilités de diversifier la fourniture de l’eau à notre ville.
L’équipe majoritaire lui a répondu que l’interconnexion des réseaux n’était opérante que pour le secours, ce qui en fait n’est pas exact et quand bien même pourrait techniquement être améliorée.
En ce qui concerne la négociation du prix de l’eau, l’adjoint aux finances a affirmé sa volonté de renégocier tous les contrats de la ville chaque année.
C’est une excellente initiative pour les contrats existants mais concernant celui de la fourniture d’eau en gros il aurait été tellement plus facile et efficace d’en discuter le prix avant la signature !

 Vivons notre Ville demande donc que le prix de l’eau en gros soit renégocié immédiatement et que soient recherchés des moyens de diversifier les fournisseurs pour casser le monopole de la Lyonnaise.

*SEFO : Société des Eaux de Fin d’Oise

** SEDIF : Syndicat des Eaux d’Ile-de-France

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