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compte rendu soirée débat vidéo-surveillance

Une quarantaine de personnes étaient présente à cette soirée animée par Yves Lenoble.
Emilie Thérouin, adjointe à la sécurité d’Amiens (180.000 hab) et également en charge de la prévention de la délinquance, nous a exposé son point de vue sur le système de VS hérité de la majorité municipale précédente. Amiens est actuellement équipée de 48 caméras et sa police municipale compte 150 personnes. Les caméras sont installées dans l’hyper centre ville, plus facile à équiper en fibre optique !

 

Les actions de la ville : avant de doubler le nombre de caméras, selon l’objectif de Gilles de Robien, Mme Thérouin a voulu évaluer le système existant. Elle s’est efforcée d’attribuer à la VS une ligne budgétaire spécifique afin de bien distinguer son coût. Elle a lancé une étude « VS sur voies publiques » pour évaluer son efficacité et créé un service dédié à la VS en la dotant d’une charte déontologique. Le centre de supervision traite tous les appels de l’agglomération 24h sur 24.
Elle rappelle que la VS sur la voie publique est différente des autres et est fortement encouragée par l’Etat, les préfectures, la police et la gendarmerie. Elle regrette que la VS se mette en place en France sans étude préalable, sans politique de prévention de la délinquance puis sans être ensuite évaluée.
Les opérateurs vidéo sont souvent des agents de la fonction publique territoriale (des administratifs ou des gardiens de la paix) qui ne sont pas assez compétents et trop peu nombreux.  La formation de ces agents laisse à désirer : ils n’ont procédé qu’à une simple lecture rapide des articles du code.
Elle s’est attachée à doter les opérateurs vidéo d’une formation sur la discrimination et l’évaluation.

L’évolution de carrière de ce personnel a été réfléchie.
L’installation de VS permet d’afficher une politique publique de sécurité. L’Etat finance entre 50 et 80% de l’installation. Ce qui coûte le plus cher reste la maintenance (rémunération  d’un nombre suffisant d’agents devant les écrans à cause de la  pénibilité de devoir rester longtemps devant ces écrans, nécessité d’une formation sérieuse et maintenance matérielle…)
La prochaine loi (LOPPSI2) autorise la gestion de la VS par des sociétés privées.

La première évaluation de la VS à Amiens pointe des faits d’incivilité et des problèmes de gestion de l’espace publique (crachats, personne en état d’ébriété, trouble sur la voie publique, stationnement génant, etc). Ces faits constatés ne correspondent en rien à l’objectif de lutte contre la délinquance et de l’élucidation d’enquêtes. Il s’agit davantage d’aider les habitants à se réapproprier l’espace public que de lutter contre la petite délinquance. Ce sont les habitants en Zone Urbaine Sensible qui sont le plus en demande de VS. Alternative à de la prévention.

les intervenants

Le journaliste Noé Leblanc rappelle qu’en 99, 60 villes françaises étaient équipées en VS. En 2009, 2000 villes l’étaient. Il s’est attaché à détailler la désinformation autour de la VS. Selon lui, lorsque la VS est citée par les media, c’est à travers une exception et non un cas ordinaire.

Les municipalités équipées en VS ne font que rarement des études sur son efficacité. Quand elles sont faites, elles ne sont jamais publiées.
Il accuse la VS de n’avoir aucun rapport avec la sécurité. Elle est par exemple inefficace sur la délinquance en col blanc et les violences domestiques. En réalité, la VS fait juste un peu baisser les chiffres de la délinquance.

L’installation d’une caméra répond à deux objectifs contradictoires :
1.dissuader de passer à l’acte (implique que les caméras soient visibles)
2.détecter les délits (implique que les caméras soient discrètes).
Les partisans de la VS utilisent ces objectifs contradictoires pour commenter les chiffres de la délinquance qu’ils soient à la hausse ou à la baisse : si la délinquance est en baisse, on va dire que la VS a dissuadé des passages à l’acte. Si le chiffre de la délinquance augmente, on dira que c’est grâce à la VS qui a permis de détecter de plus en plus de délits !

Ce n’est pas la VS qui fait baisser la délinquance mais l’intervention de la police après. De plus la VS a un effet plumeau (déplace la délinquance vers les zones non surveillées).
La VS permet la privatisation de la sécurité publique.
En terme d’urbanisme, la caméra est un outil de tri social de la population : les opérateurs sont plus enclins à scruter une population marginale (SDF, toxicomanes, prostituées) que des « blancs » en costume cravate !
Politiquement, les caméras construisent un portrait robot du délinquant : un jeune basané à capuche. Et d’oublier la délinquance en col blanc qui reste de loin la plus importante.

La VS est un outil qui se base sur un discours raciste. Le droit à la vie privée et à la présomption d’innocence est d’emblée bafoué. Avec la VS, on ne serait libre que dans un monde contrôlé, avec des contrôleurs au-dessus de tout soupçon et de toute défaillance…

Jean-Claude Vitran de la LDH rappelle que la VS s’inscrit dans la manie collective du commérage et du voyeurisme. Si le terme de vidéo protection est mis en avant pour remplacer le terme de VS, c’est que ce dernier fait peur.

Lorsqu’un opérateur a 20 ou 30 écrans à regarder, il peut rater un délit sur un écran pendant qu’il en regarde un autre. Un rapport de Scotland Yard de 2006 disponible sur Internet met en avant que le regard des opérateurs porte surtout sur les hommes de moins de 40 ans plutôt basanés.
Comme l’adjointe d’Amiens, il dénonce que la VS soit installée sans étude d’impact, sans projet ni budget définis, sans débat public. Le maire décrète qu’il y aura des caméras, point !
La seule efficacité de la VS : elle donne la capacité de résoudre plus rapidement une enquête policière ultérieurement.
La loi LOPPSI 2 (Loi d’Orientation et de Programmation sur la Performance de la Sécurité Intérieure) en débat au Parlement actuellement n’a rien à voir avec la protection des citoyens. Il s’agit davantage de protection des bâtiments publics et des installations de défense. Il dénonce également la double casquette d’Alain Bauer : pdg d’une société de sécurité et en même temps président de la commission nationale sur la vidéosurveillance. Il dénonce enfin le fonctionnement du comité d’éthique sur la VS : une chambre d’enregistrement d’un rapport préparé à l’avance. (Mme Thérouin ne veut pas avoir à faire avec ce comité « bidon »). La LDH a décidé de ne pas participer à cette mascarade.

Il concède que la VS est utile pour que les portes d’une rame de RER se ferment en toute sécurité dans les gares, utile également dans les banques, les parkings souterrains et autres lieux plus ou moins  privés, mais pas dans la rue. Au fur et à mesure qu’on installe des caméras, on supprime des forces de police.
Pourtant, la VS ne peut pas remplacer les différentes brigades (mœurs, stups, financière, anticriminelle) existantes, ni la police de proximité.

Il nous semble utile de rappeler l’absence involontaire de Tanguy Legoff, chercheur associé au CESDIP, qui aurait étayé les débats d’un minimum de chiffres et de résultats scientifiques sur les sérieuses études faites en
Grande-Bretagne, en Suisse et en Australie. On consultera avec beaucoup d’intérêt l’étude qu’il a réalisée avec Eric Heilmann et qui est publiée sur Internet (http://www.laurent-mucchielli.org/public/Videosurveillance. pdf).