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Economie verte : Les obstacles sociaux

Salvador Juan, membre de Vivre sa Ville, analyse dans son dernier livre La transition écologique, la crise écologique abordée sous l’angle des conflits d’intérêts et des stratégies d’acteurs organisés.

 

Avec de nombreuses références bibliographiques, des compte-rendus d’articles et d’analyses sur le terrain, cette étude est à la fois abstraite et très vivante car illustrée de nombreux exemples. Les limites physiques de la planète et du modèle productiviste (système économique privilégiant la quantité de la production pour un profit maximum) sont devenues évidentes. L’urgence d’une protection de l’environnement tient désormais du consensus.

Malgré une conscience écologique généralisée et en dépit du principe de précaution inscrit dans la Constitution depuis 2005, les réformes et mutations vers une économie «verte» suscitent des controverses et rencontrent de nombreux obstacles et conflits d’intérêts (l’échec partiel du Grenelle de l’Environnement en est une des manifestations).

 

Les grands problèmes comme l’alimentation, la biodiversité, le réchauffement climatique, les transports, l’énergie, la pollution, les risques techno-scientifiques, sont posés dans toutes leurs interdépendances.
En effet, l’environnement n’est pas la nature, mais un aménagement de la nature par l’homme, dans le temps et dans l’espace. C’est de l’environnement façonné par les humains, et surtout par leurs créations historiquement sédimentées qu’il s’agit ici.

Ce livre réaliste, au-delà des clivages gauche-droite, analyse les logiques d’action des lobbies aux consommateurs-travailleurs. Liés à leurs entreprises, même les plus suspectées de provoquer des dégradations environnementales et sanitaires, les salariés et les syndicats défendent l’emploi comme valeur première. Les élus choisissent de maintenir ou d’attirer des activités économiques sur leur territoire quelles que soient les nuisances…

 

Le court terme plutôt que sur le long terme.

De nombreuses associations (Conservatoire du Littoral ou l’Agence de l’eau) s’engagent ouvertement, jouant le rôle de veille et de contestation ou inversement de résistance au changement.

L’économie verte, le développement durable, l’économie solidaire ne pourront se répandre que progressivement par le jeu démocratique, en passant par «la transition écologique», mutation profonde et non «opération de com», dans la transparence, et sans verser dans la décroissance. w   Sylvie Lenoble

 

Salvador Juan est professeur de sociologie, directeur du master

Changements institutionnels, risques et vulnérabilités sociales et chercheur au CERREV à l’université de Caen, en Basse Normandie. Il travaille sur les questions d’environnement depuis trente ans.

A LIRE

La transition écologique

Salvador Juan Edition Eriès,

288 pages 25€