Le Pisciacais, tribune de janvier 2019 : Le Corbusier, l’architecte ou l’homme?

Le débat en Conseil municipal sur l’édification d’une statue de Le Corbusier pose un vrai problème de mémoire collective et de conscience.

La position de Vivons notre Ville est qu’il convient de séparer l’œuvre architecturale, -de ses immeubles de Marseille, à la Villa Savoye que nous voulions patrimonialiser pour ses qualités artistiques- de ce que fut l’individu en tant que tel.

Le Corbusier est bien connu pour son idéologie fasciste et ses élans antisémites. Une abondante littérature l’a démontré depuis longtemps. Certes, c’est dans son courrier privé qu’il se livre à la haine contre les juifs et à la valorisation des dictatures. Mais c’est en toute transparence qu’il publie son livre Urbanisme en 1925 où il tient des propos à la limite du racisme, qu’il courtise ensuite Mussolini pour obtenir des contrats et qu’il fréquente l’extrême droite d’alors (Action française). Il est membre du Comité de rédaction de la revue à coloration fasciste Prélude. Il collabore publiquement avec divers dirigeants tels que Marcel Bucard, fondateur du Mouvement franciste en France (ouvertement fasciste). Il est également conseiller technique de l’Institut Carrel, eugéniste fameux, dont il démissionne en mai 1944, peu avant le débarquement… À Vichy où il habite au début des années 40, il fait l’éloge de Pétain et valorise la «régénération de la race» (Un Corbusier de Chaslin, p. 187). Enfin, il publie chez Sorlot, éditeur d’une traduction de Mein Kampf. Tout cela ne relève pas de sa correspondance privée !

Ériger cette statue de Le Corbusier sur la place publique c’est valoriser l’individu et non plus seulement son œuvre. Cela revient donc à assumer ses méfaits personnels en les coulant dans le bronze…