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Economie et changement climatique

Economie et changement climatique économistes anglais et français n’ont pas la même lecture du climat

Une étude mesurant l’impact du Grenelle de l’environnement vient d’être publiée par six économistes du Trésor.

Une étude, fondée sur le modèle macroéconomique Trésor-Insee Mésange*, montre que les mesures du Grenelle de l’environnement ont un impact favorable sur le PIB et l’emploi à court terme du fait des effets multiplicateurs des investissements. À moyen-long terme, le ralentissement puis l’arrêt des investissements, la hausse des prix et celle des prélèvements obligatoires, annulent les gains économiques du Grenelle après 2020. Par la suite, l’impact relatif sur le PIB et l’emploi devient négatif. Toute argumentée qu’elle soit, cette étude n’évoque même pas le rapport Stern. On se demande même si leurs auteurs connaissent l’existence de ce rapport de 2006 écrit par un économiste anglais.

 

Les chiffres du rapport Stern

Utilisant les résultats de modèles économiques officiels, ce rapport estime que si l’on ne réagit pas, les coûts et les risques globaux du changement climatique seront équivalents à une perte d’au moins 5% du PIB mondial chaque année, aujourd’hui et pour toujours. Si l’on prend en compte un éventail plus vaste de risques et de conséquences, les estimations des dommages pourraient s’élever à 20% du PIB ou plus.

 

En revanche, les coûts de l’action, à savoir réduire les émissions de gaz à effet de serre pour éviter les pires conséquences du changement climatique, peuvent se limiter à environ 1% du PIB mondial chaque année.

A chacun son changement climatique

Les économistes français verraient-ils dans un changement uniquement des investissements et des coûts financiers  ? Le Grenelle n’est pas exempt de défauts mais écrire une étude de 123 pages sans évoquer son probable impact positif sur la réduction du CO2 (et par exemple du coût des catastrophes évitées)est une preuve que le changement climatique n’est pas bien compris, même des élites les mieux informées. Cela relève au mieux de la naïveté, au pire de la soumission à certains lobbies.

Maëlic Philippot

*Dans le domaine de l’évaluation économique, le modèle MESANGE (Modèle Économétrique de Simulation et d’Analyse Générale de l’Économie); parfois dit Modèle « Trésor-Insee Mésange » est en France un modèle macro-économétrique trimestriel de l’économie française.


«Un Grenelle, en soi, ne prend pas de décisions.

Il consiste en un moment de réflexion, de débats et de discussions. Une fois que tous les partenaires se sont arrêtés sur un projet, les parlementaires doivent prendre le relais pour le voter et le faire appliquer, ce qu’ils n’ont pas fait. Aujourd’hui, le Grenelle de l’environnement est devenu un simple label. Les associations ont l’impression d’avoir été instrumentalisées : le Grenelle a délégitimé la notion de débat public puisque les projets n’ont pas été traduits dans la loi.»

Stéphen Kerckhove, délégué général de l’association Agir pour l’environnement, auteur du livre Grenelle de l’environnement, l’histoire d’un échec. LEMONDE.FR | 02.11.10