Enquête sur le quartier durable EOLES

La contribution de Vivre Sa Ville

L’équipe de VSV s’est penchée sur ce que pourrait être l’éco quartier prévu dans le secteur Robespierre.  Comment économie d’énergie, récupération de l’eau de pluie, utilisation de matériaux sains, pourraient rimer avec qualité de vie et enjeux de demain?

 

La morphologie globale d’un quartier à vivre

Du fait de la localisation du quartier en marge de l’urbanisation pisciacaise et sa proximité à des sources importantes de bruit – supposant des équipements spéciaux – qui le vouent, en probabilité à un processus de périphérisation et donc de paupérisation, il convient d’éviter encore plus les risques de stigmatisation. Or, un quartier fait de blocs et sans repères de centralité favorise sa marginalisation.

C’est, en particulier l’absence de continuité visuelle du bâti qui déstructure le plus l’unité du quartier : l’absence, prévisible dans le cadre de l’urbanisme fonctionnaliste (UF), de rues et de ruelles. D La voirie doit permettre de limiter la circulation motorisée (par exemple à l’aide de bornes rétractables). Cette dernière ne sera qu’exceptionnellement autorisée pour les livraisons des commerces (à certaines heures) et pour les déménagements.
Le quartier sera traversé d’une ou deux voies longitudinales centrales et de quatre à cinq voies transversales en sens unique et de maximum 3 mètres de large et sans trottoir. A l’intersection des deux voies principales mais aussi accessibles à partir d’autres voies transversales, une place ovale centrale constituera un lieu à la fois de convivialité, de promenade et d’animation rendant possible des événements collectifs (stands) aux beaux jours.
Outre un règlement global instituant une libre circulation des personnes dans le quartier (pas de rues fermées ou d’appropriation privée de l’espace public de la voirie), nous demandons un quartier de rues et de ruelles (transversales) de cheminements mixtes avec une place centrale et des places secondaires à chaque extrémité du quartier.
Il serait également cohérent que l’îlot fermé boulevard Robespierre soit ré-ouvert (fusse par préemption municipale) – au moins une rue – afin que les habitants du nouveau quartier puissent accéder sans détour aux commerces s’y trouvant.
Un minimum de diversité des fonctions et des populations  d’un espace urbain serait donc la condition première d’une certaine qualité de vie comparable à l’équilibre écologique des milieux naturels, à la biodiversité.
On songe d’abord à la diversité visuelle : aux paysages urbains, aux végétaux mêlés à la minéralité indissociable au bâti, à l’hétérogénéité relative des formes et des couleurs…
On songe aussi à la diversité sociale (20% de logements sociaux) et statutaire inter-âges, à la fois de personnes jeunes et d’âgée (du type de la maison des Babayagas de Montreuil (www.lamaisondesbabayagas.fr).

Organisation des immeubles et des espaces collectifs

Nous préconisons une mixité  dans le type de logements (en location et en accession à la propriété, en immeubles (R+5) ou maison de ville (R+2).

Deux mille logements pourraient par exemple être répartis entre 84 maisons de 6 logements (=500 logements) et 30 immeubles de  50  logements distribués entre le 2e et le 5e  étage.

Le rez-de-chaussée serait réservé à des commerces de proximité et le 1er étage à des bureaux. La forme d’îlots ouverts (en U) est à privilégier pour favoriser l’intégration des bâtiments aux espaces verts dans les  Il est préférable de ne pas séparer (au-delà du petit grillage) les jardins privés de l’espace public pour permettre un continuum vert, surtout du côté des voies transversales. Les espaces communs devront avoir une dominante végétale (arbres, jardins, bassins, rocailles, bancs, etc.).

Dans chaque immeuble et maison, il faut prévoir de vrais garages à vélos, des caves et des points de compostage. Dans les maisons, on peut envisager une machine à laver le linge dans une partie commune et dans une autre, une chambre   cours intérieures, éviter la ségrégation, créer des axes de circulation piétonne et donc favoriser les rencontres.

Les immeubles les plus grands seront en bordure de quartier de manière à faire écran aux bruits des boulevards et de la voie ferrée. En bordure de quartier, des parkings en silo (aux façades extérieures végétalisées) seront situés près du boulevard de l’Europe. Ils permettront l’accès direct aux axes de circulation motorisés tout en clôturant visuellement et phoniquement l’espace du côté de la source de bruit et contribueront à constituer la rue.

L’orientation sud des constructions est à privilégier, avec des terrasses côté cour intérieure. d’amis. Les immeubles devront être accessibles aux personnes âgées et aux personnes à mobilité réduite.

 

La place des commerces et activités économiques et celle des associations

Les bureaux seront plutôt situés sur les bordures du quartier (surtout côté voie ferrée) afin de constituer un rempart contre le bruit.

La place à l’intersection des voies principales sera un lieu de convivialité. Elle comportera une fontaine sur un de ses côtés afin de ne pas gêner un usage diversifié du site. Elle doit accueillir l’entrée de l’équipement scolaire mais aussi des cafés, restaurants, marchands de journaux, etc.

Dans un quartier de fait périphérique aux dimensions assez modestes, l’animation commerciale doit se concentrer soit à la charnière des voies menant au centre ville, soit dans une centralité créée sur place (sous peine de non-rentabilité des commerces)  ; en revanche des activités à vocation associative peuvent être spatialement disséminées.

Nous préconisons par exemple, de réhabiliter le hangar actuellement en bordure de voie ferrée (sous réserve de dépollution possible) pour en faire un « Hangar à mémoire ».

Du côté du centre ville, un beau mur est à conserver. Nous suggérons de passer contrat avec les commerçants de quotidienneté (boulanger-pâtissier, café-tabac-presse, restaurant, supérette, boutique de vêtements, etc.) de la place centrale qui accepteraient d’intégrer à leur commerce une autre fonction de vie sociale (service public postal, salle de réunion, dépôt de journaux ou d’objets associatifs, etc.) en échange d’une subvention et sous réserve du respect d’un cahier des charges.

La dimension esthétique et audacieuse du quartier doit être évidente dans l’ensemble des infrastructures, afin de procurer au quartier une identité orte, et ainsi lui donner une valeur ajoutée et l’inscrire dans le temps. L’allée centrale rythmera la vitalité des lieux en répondant aux besoins culturels. Autour et tout le long de l’allée centrale, différents lieux physiques de rencontre et de convivialité seront créés(dans la limite qu’autorise l’équilibre budgétaire du projet) :

• deux grandes maisons caférestaurant-rencontres culturelles : le « Hangar à mémoire  » (réhabilitation d’un ancien bâtiment) et le Planétarium (café restaurant à la disposition des habitants pour cuisiner, se réunir, salle de projection de films, bibliothèque et vidéothèque, salle pour réunions publiques, débats, musiques, etc.) ;

• un théâtre libre : pour permettre aux enfants et adultes de s’épanouir par le théâtre.

• trois conciergeries réparties tout au long de l’allée centrale (occupées par des gardiens aux multiples fonctions et médiateurs pour le lien social) ;

• une salle de projection de films (cinéma, vidéo) et de débats (petite capacité) ;

• des salles-ateliers dotées de scènes et équipées, réparties dans le quartier destinées à des usages culturels et artistiques multiples (répétitions, musique, associations, clubs etc.) dont une dédiée à la musique et deux autres dédiées à des ateliers de cuisines entre les habitants du quartier et leurs hôtes.

Légèrement en retrait de l’allée centrale, dans le sillage de la coulée verte : une « allée du recyclage et du compostage » favorisera l’éducation de tous et particulièrement les jeunes au respect de la nature. De petits jardins d’enfants sensibiliseraient de même les plus petits à la nature et à l’agriculture.

Pour sauvegarder la biodiversité dans le quartier, le lien entre les habitants et la réalité de la nature sera renforcé par une installation de ruches (ateliers d’apiculture) et une production de miel locale du quartier ainsi qu’une vingtaine de potagers disséminés dans tout le quartier pour apprendre à cultiver des légumes biologiques.

 

La trame verte et les espaces verts

Sans attendre que les bâtiments sortent de terre, des arbres de grande taille devraient être plantés tout autour du quartier.

On peut par exemple, conserver les peupliers le long de la rue Saint-Sébastien pour commencer cette « ceinture » verte. Et poursuivre en choisissant les essences présentes dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye. Le quartier serait ainsi vu de l’extérieur comme un îlot de verdure.

L’ouverture du quartier se matérialisera par les quelques rues qui le traversent et seront traitées en pavés non jointifs mais plats pour être confortables pour les piétons comme pour les poussettes ainsi que les fauteuils des handicapés ou les vélos.

A terme, les espaces de circulation (sans voiture sauf exception pour déménagement) ressembleront à des rues jardin qui, reliés aux autres espaces verts du quartier (publics ou privatifs) traceront une trame verte irriguant l’ensemble du site. Il serait intéressant de travailler en collaboration avec une Ecole d’Architecture et du Paysage, afin de faire le lien entre les jardins intégrés aux cours intérieures des habitats privatifs et la trame verte extérieure.

 

 

Ces jardins peuvent prendre la forme d’une noue plantée, qui assure à tout logement un visà-vis naturel. Par noue plantée, on entend un fossé peu profond et végétalisé qui recueille et retient les eaux de pluie. En installant des dispositifs de ce type, on limite le ruissellement, on augmente les volumes d’eaux pluviales recyclables tout en favorisant la biodiversité tant végétale qu’animale.

Les immeubles

Le chantier de construction devra être pensé pour rentrer dans un processus d’économie circulaire : les déchets issus de la construction devront être valorisés pour à leur tour être utilisés comme produits utiles si possible.
Pour des raisons écologiques et économiques, nous proposons de construire des logements à partir de matériaux sains et qui possèdent les meilleures performances éner gétiques et avec le maximum de matériaux de proximité. A l’usage, la copropriété doit être pensée pour permettre l’autonomie maximale en terme d’énergie et de traitement des déchets.
Vivre ensemble : une charte sera élaborée avec et pour les habitants afin de les responsabiliser (démocratie participative ou auto-gestion, respect mutuel, sobriété, chasse au “gaspi”).
Un cahier des charges devra préconiser de réduire :
• les effets sur l’environnement tout au long de la “vie” des matériaux : lors de leur production (énergie grise minimale), robustesse à l’usage, recyclage en fin de vie ou revalorisation par production d’énergie propre;
• les nuisances en tout genre: sonores, olfactives, visuelles;
• la consommation d’énergie, et des ressources naturelles limitées (eau, matériaux rares non renouvelables) par l’anticipation des futures réglementations et utilisation de technologies innovantes (capteurs de mouvements, réducteurs de pression…);
• les effets nocifs (potentiels) sur la santé : ondes électromagnétiques, air pollué (climatisation, PVC,…);
• les déchets : purification de l’eau usée par bassins, de l’air par aération naturelle, des toilettes à l’eau de pluie et/ou sèches;
En revanche, ce cahier des charges préconisera l’augmentation :
• du confort des habitants : luminosité par orientation appropriée du bâti, puits canadien, pergolas, toitures végétalisées;
• de la production d”énergie (photovoltaïque, solaire, éolien, biomasse, déchets ménagers).

Epilogue

Une quinzaine de maisons existe actuellement dans la zone du futur chantier. Il s’agit apparemment de locataires. VSV demande que ces habitants soient prioritaires pour le relogement sur place en fonction de leur situation sociale.
 
Texte rédigé par Salvador Juan à partir des réflexions d’un groupe de travail de Vivre Sa Ville.